11 NOVEMBRE
91 ème anniversaire de l'armistice !
Jeudi à l'occasion du 91ème anniversaire de l'armistice, Lanloup a rendu hommage à ses morts. Vous allez pouvour lire ci-dessous une lettre d'un soldat trouvée dans un vieux livre oublié, ainsi que les traditionnelles photos de la cérémonie du 11 novembre et du repas des anciens.
Mes remerciements à Michèle LEMEUNIER, pour cette lettre vieille de 95 ans.
19-1-15 (19 janvier 1915)
Chers amis
Je reçois à l’instant votre lettre du 14. Quand je dis votre, je suis trop généreux, je veux dire la lettre que Madame Nini a bien voulu m’adresser. J’y ai cherché en vain une seconde signature. Alors j’ai pensé que la même avait la procuration de l’autre. Merci donc, chère amie, de ce mot qui m’a fait beaucoup plaisir.
Je voulais, en effet, vous écrire très longuement, et voilà que ma bonne volonté se trouve un peu arrêtée par suite d’une circonstance spéciale. Hier, j’ai écrit à la 12ème section, une lettre de 8 pages aux lignes très serrées. J’y ai fait le récit de ma vie de campagne de Belgique, jusqu’au 8 novembre dernier. Et cela n’a pas été mince besogne à faire. Je ne vous referai pas le récit de tous ces évènements, me réservant de vous les conter en détail au retour. Je vous les résumerai brièvement, sans trop les commenter, simplement, puisque, dites-vous, chère amie, Alexandre aime à lire. D’ailleurs, je profiterai de mon séjour ici, pour vous faire connaître mon journal de route. Je vous demande seulement de me faire savoir par un mot si vous recevez cette lettre, en me donnant sa date, pour que j’aie la tranquillité de savoir qu’elle n’est pas tombée entre de mauvaises mains.
Le cortège se dirige vers le monument aux morts.
Prenons à partir d’Ypres. Tout d’abord, le côté comique. Un soir étant place de la gare à Ypres, un soldat de chez nous a
chipé le casque à pointe d’un des deux officiers allemands prisonniers, gardés a vue dans la salle d’attente de la gare. Le capitaine français chargé de leur surveillance était fou de rage. Le
fait s’était produit alors qu’il s’était absenté une seule minute. Poursuite mouvementée. On croit à un espion, on court après le soldat. Mais quand on sait ce qu’il a fait un éclat de rire
salue le capitaine…..et on laisse courir…le voleur. J’ai cru que le capitaine en aurait une attaque. Il crie au scandale. Un moment après les 2 Boches sont passés à côté de nous, entourés de
sentinelles, la tête basse, le plus grand….sans son casque !
La gerbe est déposée par Marcel
Gabaud.
Je me suis approché des habitants. J’ai écouté leurs conversations, les braves gens ne pouvaient admettre qu’on appela «bataille d’Ypres » un combat qui se livrait aux portes même de la cité, et qui faisait entrer le nom de leur ville dans l’Histoire. Dès l’instant que le combat n’avait pas lieu dans la ville même, ce n’était pas la bataille d’Ypres. Sans doute l’ennemi avait occupé la ville, mais en était parti chassé par les alliés, sans doute il était à côté, mais la ville était tranquille Français et Anglais l’occupaient, y vivaient. Dès lors ils accueillaient ce titre « la bataille d’Ypres » avec un sourire moqueur. Le monsieur qui causait ainsi, tenait en main « Le Nord Maritime » feuille cléricale qui s’imprime à Dunkerque. Dans sa simplicité naïve, cet homme exprimait le sentiment de ses concitoyens. J’en eus la preuve un soir. Un incident de route m’avait fait recevoir hospitalité chez un ingénieur de la ville, boulevard Maloir. Je fus reçu d’une façon magnifique. On me reçut à table et on causa. Mais une question me préoccupait. Quelle était l’impression des Belges sur la violation de leur territoire ? Une seule personne, commerçante de l’endroit, me dit la crainte qu’elle avait eue de voir la France franchir la première la frontière Belge pour marcher contre l’Allemagne. Tous les autres à qui j’ai posé la même question m’ont dit leur absolue confiance en la France à respecter leur pays ami, petit par sa superficie, grand par l’héroïsme dont il a fait preuve. Ainsi donc les Belges savent que la France républicaine, respectueuse des traités, des signatures données, avait la ferme volonté de respecter la neutralité du territoire ami. Cette opinion, j’en ai la conviction, resserrera davantage encore les liens de fraternelle amitié qui unissent les travailleurs de Belgique, à ceux de France. Pour nous socialistes, cela c’est tout.
Moment de
recueillement.
Pauvres habitants
d’Ypres! Le canon grondait, la bataille faisait rage, ils n’étaient pas indifférents à l’action, beaucoup même se sauvaient, mais nul ne songeait qu’un jour peut-être, l’horreur de la guerre
donnerait à tous le frisson d’horreur qui glace, qui épouvante. Le soir, dans l’estaminet au-dessous d’où je couchais, des chœurs montaient superbes, chantés d’un accord parfait. Les soldats
anglais chantaient le « god save the king » et « la Marseillaise ». L’habitant se couchait, s’endormait au son du canon, sous la double impression des évènements qui
pouvaient devenir tragiques, compromettre sa sécurité, son bien être, et sa continuelle raillerie de la « bataille d’Ypres ».Pourtant, un jour, il se prit à mieux voir les choses. Le
bruit d’un moteur au-dessus de sa tête lui avait fait lever les yeux. Il vit et tous nous assistâmes à ce spectacle poignant : un duel en aéroplanes. Ses Yeux s’ouvrirent grands à la
réalité. Quand l’aviateur anglais se fut échappé de la poursuite de ses ennemis, il dit peut être bien ils viennent nous repérer et nous bombarder ensuite ! Il disait vrai. Ce fut dans les
ténèbres de la nuit que les canons allemands commencèrent leur carnage effroyable. Et nous tous, soldats des armés de la République, soldats du royaume d’Angleterre, prévoté Belge, nous tous
qui vivions au milieu de ce brave peuple Belge, jamais je l’affirme, jamais dans notre cerveau n’était apparue cette chose horrible : la destruction d’Ypres. Aucun de nous, à quelle
nationalité il appartint n’aurait pu croire, n’avait envisagé ce fléau : l’incendie de la ville. Vous avez su, chers amis, par une de mes précédentes lettres, comment le bombardement
commence. Les quartiers généraux furent les premiers visés. Celui de ma division demeura à son poste. Le général n’abandonna ni son quartier ni sa chambre. Il en fut autrement du général
commandant les divisions d’infanterie françaises. Je tiens de bonne source que les caves du Palais de Justice n’étaient pas assez profondes pour cacher ce chef soucieux de sa personne, de sa
vie. Les soldats eurent le rire……le général, la frousse. Bientôt au haut de l’église principale le drapeau de la Croix- Rouge flotta sur l’édifice religieux. Une pensée vint à l’esprit de
beaucoup : ce drapeau sera pour nous qui logeons sous lui, un abri contre les obus ennemis. Les blessés qui reposaient là donnaient aux valides cette espérance suprême : échapper au
danger qui menace. Simplicité de l’homme qui respecte les conventions internationales !, et qui se fait un point d’honneur de ne porter les armes que contre celui que les hasards, les
circonstances, de la guerre mettent à même de se défendre ou même d’attaquer. Ce drapeau fut une cible que les soudards de Guillaume II ne manquèrent pas de viser et frapper au bon endroit. Dés
lors ce fut la panique. Quel réveil ! Les halles brûlent. Ce monument superbe que les yeux n’étaient pas assez grands pour admirer, devient la proie des flammes. A chaque coup de canon
répondent des cris de douleur, d’effroi, d’épouvante. Les chants ont cessé. Anglais et Français taisent leurs hymnes guerrières. Le « god save the king et la Marseillaise », ne
sont plus les chants de gloire que les alliés se chantaient en signe de bonne amitié. Aux accents vibrants ont succédé les pleurs de femmes, et nos cœurs serrés d’émotion doivent surmonter
l’épreuve douloureuse pour donner aux malheureux réfugiés d’ici, aux femmes que les obus effraient, le courage qui leur est indispensable. Elles veulent fuir, et nous les détournons de leur
projet. Nous craignons pour elles cette fuite dans la nuit. Nous-mêmes sommes nous bien sûrs de nous ? Nos camarades viennent de tomber frappés à mort. N’importe il faut rester. Nous
restons. Mais bientôt le ciel rougit, s’illumine, éclaire l’horizon d’une lueur sinistre. Partout l’incendie fait rage, tout brûle. On court au brasier, on organise les secours. Peine perdue.
Nous devons tout abandonner. Les obus tombent de tous côtés, allumant de nouveaux foyers d’incendie. Maintenant la ville est morte. Tout le monde s’est sauvé. Le cadran solaire de la grande
place vient de s’abattre sous une grêle de balles. Il vient de marquer la dernière heure d’Ypres la coquette et jolie ville. Le 8 novembre la cité semble un immense bucher embrasé. Le 12, nous
la traversons encore pour la dernière fois. Le feu éclaire nos pas. Des trous immenses s’ouvrent sous nos pas menaçant d’engloutir voitures et passagers. La situation est intenable dans cet
enfer ! L’ordre arrive de partir. Ma division quitte la ville. Nous avons le cœur serré. Tant de malheur frappe les plus endurcis. Qu’est devenue Ypres depuis notre départ ? Le
bombardement a-t-il cessé ? Je l’ignore et voudrais bien savoir d’autant qu’en ce moment, quelques uns de nos camarades y sont, je crois.
Allocution de Louise Anne Even, maire de lanloup.
Nous allâmes au poste de commandement de Frejenberg, à 8 kilomètres en avant d’Ypres. Là encore les
« marmites » obligèrent notre état-major à aller plus loin s’installer. Les avions allemands eurent vite fait de nous repérer et nous signaler à leur artillerie. Le résultat ne se fit
pas attendre. Ce jour-là, notre général de division l’échappa belle, à peine était-il sorti du poste que celui-ci sautait en l’air. Nous, plus veinards, nous en étions partis une heure
avant.
Une vingtaine de personnes assitaient à la cérémonie.
Enfin nous cantonnâmes à Vlamertinghe, le 5 novembre. Notre arrivée y fut saluée par les bombes des aéros boches, qui
nous avaient suivis. On plaisanta. Habitués à ce genre d’émotion on n’y faisait plus attention….bien que prenant des précautions. Vlamertinghe, petite ville à 5 kilomètres d’Ypres, fut débordée
par la troupe. Je logeais chez un particulier, Mr Hazebrouck, débitant. La poste militaire et le service au trésor aux armées, étaient installés dans la cuisine. On ne trouvait rien à se
ravitailler. Pas une goutte de bière. De l’eau dont on ne voulait pas pour se laver. Le commandant auprès duquel j’étais affecté était désespéré. Ce qu’il y avait de mieux, c’était le grenier
où nous couchions. La paille y était épaisse et nous étions que cinq à y dormir. Mais la nuit était mauvaise. Les mitrailleuses et les fusils nous réveillaient et nous tenaient longtemps en
éveil. Une nuit, on eut la frousse. Alors que la fusillade était des plus nourrie, en bas, un bruit assourdissant, des coups ébranlèrent les fenêtres et les portes. Nous crûmes à une avance des
Allemands. Aux coups répéter, dans les fenêtres, à la fusillade de plus en plus vive, notre réflexion à tous fut la même : ce sont eux ! Mr Hazebrouck et sa femme étaient plus morts
que vivants, on ouvrit la fenêtre…..c’étaient des fantassins français qui demandaient à boire. On ne put satisfaire leur désir parce que nous n’avions rien à leur donner. Pauvres soldats
que la soif faisait souffrir et qu’un verre à boire aurait si bien remontés. Il est pénible de voir des camarades venant de se battre lutter contre la soif. Il est plus pénible encore de ne
pouvoir leur rendre le service qu’ils demandent.
Philippe Delsol accompagné de son épouse présidait le repas.
A noter une chinoiserie militaire : un régiment d’infanterie français sortait des tranchées. Les hommes étaient couverts de boue, la fatigue se lisait sur le visage de chacun d’eux ; nous les regardions défiler, admirant, quand même, leur tenue, écoutant leurs propos malicieux. Un commandement bref ; il fallut que ces braves fassent preuve d’une tenue militaire irréprochable et défilassent au pas des jours de grande revue. Le courage a-t-il besoin de tant de cérémonial pour que sa valeur soit comprise de tous ? L’homme qui, au mépris de sa vie, du danger, a accompli son devoir de soldat, de citoyen, a-t-il a relever la tête en traversant une agglomération pour montrer que son moral est encore fort, ses forces physiques aussi vives qu’avant l’action ? Si enfin cette allure martiale est simplement une manifestation militaire en présence de la population civile accourue au passage des troupes, cette manifestation est-elle indispensable pour une troupe qui a mérité du pays et qu’on remerciait du fond du cœur ?
Marie Pascale, Jean-Claude et
Philippe.
Nous restâmes quelques jours à Vlamertinghe. Mon service m’amenait tantôt à Arneke, en France, par Poperinghe,
houtckerque, Wormboud, Ledsinghem. Le 6 novembre, je reçois l’ordre de conduire mon auto au parc de Dunkerque. Le trajet fut quelque peu mouvementé ; Il fallut que je passe par Ypres. A
peine avais-je franchi le passage à niveau de la gare que ma voiture fit un dérapage tel, qu’elle faillit se briser contre un arbre. Au même moment un obus allemand éclate à côté de moi. Sans
perdre une minute je fais machine arrière et accélérant ma vitesse, me lance sur la grand route. A 15 kilomètres de là, à Hoogstade, je rencontre le 151ème, de ligne. Des rangs de la 8ème
compagnie j’entends un soldat m’appeler par mon nom. C’était un camarade de la place de Rambouillet dont je ne me souviens pas le nom. Si tu savais la joie qu’on a de rencontrer un ami si loin
de chez soi, de son foyer, de son parti. Il y a des joies qu’on ne sait exprimer tant elles saisissent. Celle-là en est une. Hélas, nous ne pûmes causer longtemps. Le régiment passait, et bon
copain devait reprendre sa place dans le rang. Une fraternelle poignée de main, un dernier adieu, et chacun de notre côté, sur la grand route d’Ypres à Furnes, nous reprîmes notre chemin.
Minute inoubliable que celle ainsi vécue ou on se rencontre que pour se quitter aussitôt, le sort des armes appelant chacun à son devoir. Mais la main qu’on serre dans une circonstance
pareille, en guerre, sur un territoire étranger, met à serrer la main amie toute la fraternelle amitié dont deux camarades sont animés l’un pour l’autre. Elle fait revivre dans la pensée,
le passé qui semble déjà loin et qu’on regrette car il rappelle Paris, les amis, la section à laquelle on est heureux et fier d’appartenir. L’adieu semble la résignation même : il
contient, cache l’espoir du retour.
Le Conseiller Général n'est pas resté sur le banc de touche !
Je continuais mon bonhomme de chemin quand, quelques kilomètres plus loin, le hasard de ma route plaça devant moi un
soldat Belge, un lancier, qui me demanda de monter dans ma voiture. Bien que je n’ai pas le droit de le lui accorder, je m’empressais de lui dire, oui. Il dit adieu à ses amis, nous traversâmes
toutes les lignes Belges et nous filâmes sur Furnes. Le soldat ami qui était avec moi avait pris part au siège de Liège, et allait en convalescence en France, à Gysquel, près de Dunkerque. Nous
nous arrêtâmes à Furnes pour boire la tasse de la fraternité, puis je le conduisis à Gysquel où était son dépôt. Tu penses bien, mon cher Alexandre, que je lui fis raconter beaucoup de choses.
C’est dire que le chemin nous parut court. Peu avant d’arriver à la frontière je le fis descendre et m’attendre un peu plus loin. Les formalités accomplies pour le passage de la frontière, je
le repris quelques mètres après le poste.
On cause également chiffon...
J’arrivai à Dunkerque. L’escadre du Nord unie à la flotte anglaise, se tenait à hauteur de Malo, en pleine mer. Impression de grandeur et de force, bien faite pour montrer aux hommes que la puissance militaire domine les hommes, les gouvernements, les Nations. Impression aussi qui nous fait dire : puisque le conflit qui, en ce moment met aux prises les grandes puissances d’Europe a pour auteur responsable le militarisme prussien, allons jusqu’au bout et détruisons ce militarisme pour que demain voit s’ouvrir une ère de paix définitive, de fraternelle entente entre les peuples.
Enfin, c’est le retour à ma division, et le contact immédiat avec les évènements tragiques. Comme il faisait nuit, nous
avions pour nous éclairer, l’éclatement des schnapnels, et le feu de nos 75. Bruit assourdissant. Les coups partaient par cinq à la fois. On eut dit qu’au-dessus de nos têtes des trains
passaient sur des ponts de fer, s’entrechoquaient, s’anéantissaient. Parfois nous nous bouchions les oreilles. A d’autres moments nous étions aveuglés par le feu des pièces, ou les pruneaux que
les boches nous envoyaient. Nous nous couchions et nous endormions dans ce bruit et cet éblouissement.
Et voilà Jean-Claude est encore
déconnecté...
Cette lettre, mes chers amis est la même que celle que j’envoie à la section. Vous satisfait-elle ? Je suis heureux de vous savoir ensemble et souhaite que vous restiez ainsi le plus longtemps possible. Je voudrais bien voir votre petit Mimique. Il doit être bien mignon et doit faire votre gaîté. Quand donc serons nous réunis à la Rambouille !!!!
Ici, comme chez vous, temps exécrable. Nous avons eu une alerte. Nous avons été du côté de Soissons à la suite de ce qui vient de s’y passer, mais n’avons pas pris part au combat. Nous sommes rentés à Compiègne avant-hier, contents de retrouver nos somptueux logements. Je te recauserai de cela quand j’en serai à la date d’aujourd’hui. Or, tu le vois, je laisse ce journal au milieu de novembre.
Etes-vous contents de moi ? Oui j’espère. J’attends votre journal de campagne à vous.
J’insiste pour que vous me disiez de suite si vous avez reçu cette lettre portant date du 19.
Dans l’attente de votre réponse, j’embrasse bien fort votre petit Dominique, vous remercie de votre bonne lettre et vous donne une fraternelle poignée de main.
AUBERTINI E.
Musique d'Alan STIVELL
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